Arawakan — Communauté Arawak

Histoire des Arawak

Les Lokono — « le peuple », nom que les Arawak se donnent eux-mêmes — occupent depuis des siècles la bande côtière qui va de l'Orénoque à l'Amazone. Cette chronologie suit ce parcours, des premières migrations fluviales aux communautés d'aujourd'hui en Guyane, au Suriname, au Guyana et au Venezuela.

Une pirogue sur un fleuve bordé de forêt
Illustration originale — descente fluviale depuis le bassin de l'Orénoque.
Avant notre ère

Le berceau amazonien et les grandes migrations

La famille linguistique arawak naît dans le bassin Amazone-Orénoque. C'est de là que partent, sur plusieurs millénaires, des vagues de populations qui remontent les fleuves et longent les côtes.

Aucune autre famille de langues d'Amérique du Sud ne s'étendra aussi loin : on parlera des langues arawak depuis la Floride jusqu'au Paraguay, et des Andes à l'embouchure de l'Amazone.

En lokono, l'eau se dit INIABO, la forêt konoko.
Planche coloriée du XIXe siècle : statuettes, haches de pierre, amulettes et motifs gravés attribués aux Arawak des Antilles.
Objets attribués aux Arawak des Antilles — planche coloriée, ouvrage européen du XIXe siècle. Les pièces représentées relèvent en réalité de la culture taïno des Grandes Antilles.
~500 av. J.-C. — 500 apr. J.-C.

Saladoïdes : la route des Antilles

Depuis le delta de l'Orénoque, des groupes de langue arawak essaiment vers Trinidad puis, d'île en île, remontent tout l'arc antillais. Les archéologues les reconnaissent à leur poterie fine aux motifs blancs peints sur fond rouge.

Ce sont ces populations qui donneront, dans les Grandes Antilles, les sociétés taïnos.

Lithographie coloriée : campement arawak au Suriname, carbets couverts de palmes, hamacs suspendus sous un grand toit à deux pentes.
« Een Arowakka Indianenkamp » — lithographie coloriée d'après G. W. C. Voorduin, Gezigten uit Neerland's West-Indiën, Suriname, vers 1860.
Premier millénaire

L'installation sur la côte des Guyanes

Les Lokono s'établissent durablement sur la plaine littorale, entre savanes, mangroves et estuaires. Villages de carbets, abattis sur brûlis, pêche et chasse : l'économie s'organise autour du manioc amer, dont le poison est éliminé par pressage puis cuisson.

Le voisinage avec les Kalina — que les Européens appelleront Caraïbes — structure durablement la géographie politique de la côte.

Le pain de manioc, aliment de base, se dit khali.
Voiles européennes vues depuis le rivage
Illustration originale — l'arrivée des navires européens vue de la côte.
1492 et après

Le choc de la conquête

Les premiers peuples que rencontre Christophe Colomb dans les Grandes Antilles sont des Taïnos, de langue arawak. En quelques décennies, épidémies, travail forcé et violences font s'effondrer ces sociétés insulaires.

Sur le continent, les Lokono des Guyanes échappent d'abord à cette destruction directe, mais entrent dans un monde bouleversé : nouvelles maladies, nouvelles marchandises, nouvelles alliances.

Deux gravures coloriées côte à côte : à gauche une femme arawak tenant un perroquet, un arc à la main ; à droite une famille kalina avec coiffe de plumes, arcs et flèches.
« Indiana Arrowukas » et « Famiglia Indiana Caraiba » — gravures coloriées d'après J. G. Stedman, édition italienne du XIXe siècle. À gauche une femme arawak, à droite une famille kalina.
XVIe — XVIIe siècle

Commerce, alliances et rivalités coloniales

Espagnols, Hollandais, Anglais et Français se disputent la côte. Les Lokono deviennent des partenaires commerciaux recherchés : ils fournissent bois, roucou, hamacs et vivres contre outils de fer, perles et armes à feu.

Ces alliances ont un revers. Prises dans les rivalités européennes, les nations amérindiennes sont poussées les unes contre les autres, les Lokono se trouvant souvent du côté hollandais face aux Kalina alliés des Français.

Gravure coloriée : quatre figures amérindiennes de Guyane, arcs, flèches et perroquets, sur une berge herbeuse.
« Aborigeni della Gujana » — gravure coloriée d'après J. G. Stedman, planche italienne du XIXe siècle.
XVIIe — XVIIIe siècle

Plantations, missions et recompositions

L'installation des plantations sucrières transforme le littoral. Les sociétés amérindiennes, refoulées vers l'intérieur, voient leurs territoires se réduire et leurs réseaux d'échange se réorganiser autour des comptoirs européens.

Des missions s'établissent auprès des villages lokono. Les missionnaires moraves, en particulier, apprennent la langue et produisent les premiers écrits en arawak — documents qui restent aujourd'hui des sources précieuses pour les linguistes.

Frontières tracées sur une carte du littoral
Illustration originale — un même peuple réparti entre quatre États.
XIXe — XXe siècle

Un peuple, quatre frontières

Le tracé des frontières coloniales, puis nationales, découpe l'aire lokono entre le Venezuela, le Guyana, le Suriname et la Guyane française. Un même peuple se retrouve soumis à quatre administrations, quatre langues officielles, quatre politiques scolaires.

En Guyane française, les populations amérindiennes de l'intérieur relèvent longtemps d'un statut administratif distinct, le territoire de l'Inini, avant d'être pleinement intégrées au droit commun à la fin des années 1960.

Dictionnaire ouvert et mots transmis
Illustration originale — la langue mise par écrit.
2011

La langue documentée

La linguiste Marie-France Patte publie La langue arawak de Guyane aux éditions de l'IRD : une grammaire et un dictionnaire issus de décennies de travail avec les locuteurs, appuyés sur une graphie normalisée en accord avec eux.

C'est cet ouvrage qui sert de source à l'ensemble du dictionnaire consultable sur ce site.

Le mot pour « parler » est diadin ; pour « apprendre », eithin.
Chevrons entrelacés, motif de continuité
Illustration originale — motif de transmission, d'après les chevrons du logo.
Aujourd'hui

Transmettre

Les communautés lokono sont présentes au Guyana, au Suriname, au Venezuela et en Guyane française. La langue, elle, est classée parmi les langues menacées : elle compte peu de locuteurs, et la transmission aux enfants s'est fortement réduite au cours du XXe siècle.

Des associations, des enseignants et des familles travaillent à l'inverser — collectage auprès des anciens, matériel scolaire, outils numériques. Ce traducteur s'inscrit dans cet effort.

« Le peuple », en arawak : Lokono.